19 MARS 2013

La grippe saisonnière - Entretien avec le Dr Guy Boivin, chercheur en infectiologie

Chaque année, les cas de grippe engendrent un fort achalandage dans les urgences. L’épidémie qui s’achève a frappé particulièrement fort. D’octobre à février, plus de 1 700 patients présentant des symptômes d’allure grippale se sont rendus aux urgences du CHU de Québec.

Nous avons rencontré pour vous le Dr Guy Boivin, microbiologiste et infectiologue au Centre de recherche du CHU de Québec, afin de démystifier plusieurs aspects importants liés à cette maladie infectieuse très répandue.

Le Dr Guy Boivin est un directeur de recherche de réputation internationale
et le titulaire de la Chaire de recherche canadienne sur les virus
en émergence et la résistance aux antiviraux.

Bonjour Dr Boivin. L’épidémie de grippe semble être rude cette année, à Québec notamment. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi?

Deux principales raisons expliquent cette épidémie majeure. D’une part, la saison grippale a eu un début précoce cette année. L’épidémie était déjà bien installée en décembre, avec une pointe au temps des Fêtes. Lors de cette période, les gens se rassemblent pour festoyer, alors les risques de transmission sont accrus. D’autre part, le virus de l’influenza qui circule cette saison, de type A  et de sous-type H3N2, est très virulent. C’est également celui dont les symptômes sont les plus sévères et qui comporte le plus de risques de complications pour la clientèle âgée. C’est notamment pour cette raison que les urgences sont très occupées cet hiver.

Le virus de la grippe se transmet facilement, plus que d’autres virus connus. Expliquez-nous pourquoi.

La réplication du virus de la grippe est très rapide; seulement 24 heures s’écoulent entre le moment où quelqu’un est infecté et où il développe la maladie. C’est ce que l’on nomme la période d’incubation. Pour de nombreux virus, cette période dure plusieurs jours. Le mode de transmission est également à blâmer. Lorsqu’une personne infectée éternue, elle expulse dans l’air de minuscules gouttelettes. Si celles-ci entrent en contact avec les muqueuses de notre nez ou de notre bouche, on risque d’être infecté. Cela est surtout vrai dans un espace clos. Le contact de main à main avec une personne malade ou avec des surfaces récemment contaminées peuvent aussi transmettre le virus. La meilleure solution pour se protéger de la grippe saisonnière est la vaccination. 

De quoi le vaccin contre la grippe est-il composé exactement?

Ce vaccin dit « trivalent » combine en une seule dose trois souches du virus de la grippe, soit celles qui ont le plus circulé l’année précédente, et ce dans le but de maximiser son efficacité. Cette saison, le vaccin est composé de deux souches de virus influenza A (soit une souche A/H1N1 et une A/H3N2) et d’une souche de virus influenza B. Le vaccin contient aussi une minime quantité de protéines d’œufs. La majorité des personnes souffrant d’allergies aux œufs peuvent tout de même recevoir le vaccin, sous supervision médicale.

Certaines personnes ayant reçu le vaccin contractent quand même le virus. Comment peut-on expliquer cela?

Comme la production d’un vaccin requiert six mois et que les campagnes de vaccination débutent à l’automne, la décision quant à la composition du vaccin doit être prise en mars. Pourtant, chaque année, il est très difficile de prédire à l’avance quelle est la souche qui se propagera. Ainsi, la combinaison entre la souche qui circule et celle introduite dans le vaccin n’est pas toujours parfaite. Il faut également compter une quinzaine de jours pour que l’immunité conférée par le vaccin ait le temps de s’établir et que les personnes vaccinées soient protégées. Résultat : certains vaccinés peuvent tout de même contracter la grippe saisonnière, mais elle est généralement moins forte. 

De plus, certaines personnes ont un système immunitaire affaibli qui produit peu ou pas d’anticorps protecteurs. C’est le cas des personnes âgées ainsi que des « immunosupprimés », c’est-à-dire, des personnes dont le système immunitaire a été détruit par la prise de certains médicaments.

Dans tous les cas, sachez que contrairement à de fausses croyances, le vaccin ne peut pas entraîner la grippe, pas plus que le froid d’ailleurs.

À l’inverse, pourquoi certaines personnes n’ayant jamais reçu le vaccin contractent rarement la grippe?

Nous pouvons présumer qu’elles n’ont jamais été en contact direct avec des gens infectés ou qu’elles bénéficient d’un très bon système immunitaire. Il est aussi possible que certaines personnes ayant lutté contre des infections par le passé aient développé assez d’anticorps pour les protéger en quelque sorte du virus.

Est-il nécessaire de recevoir à nouveau le vaccin chaque année?

Oui, car la persistance des anticorps présents dans le vaccin est limitée dans le temps. Par exemple, pour les 65 ans et plus, la protection peut aller de 6 mois à 9 mois. Aussi, comme le virus mute constamment, le vaccin est actualisé chaque année selon les souches prédominantes.

Y a-t-il des complications liées au virus de la grippe?

Oui, notamment la sinusite, l’otite et la bronchite. Elles sont dues à l’infection virale ou à une surinfection bactérienne. Si le virus atteint les poumons, il y a alors un risque de pneumonie. Cette complication grave pouvant entraîner une insuffisance respiratoire est une cause non négligeable de décès, particulièrement chez la clientèle âgée. Par contre, cette complication peut aussi atteindre les personnes jeunes et en bonne santé. Cette année, quelque 3 000 décès au pays sont attribués au virus de la grippe.

Que faire si des symptômes grippaux apparaissent?

Nous recommandons aux personnes présentant des symptômes mineurs – notamment des maux de tête, une légère fièvre ou de la toux – de ne pas se précipiter l'urgence, à moins que ceux-ci soient aigus ou persistants. Nous leur proposons plutôt de rester à la maison et de prendre des comprimés d'acétaminophène. Toutefois, les personnes à risque et celles souffrant déjà de maladies doivent rapidement consulter un médecin afin d’éviter toute complication. Elles pourraient être candidates à un traitement antiviral spécifique.

Plusieurs personnes croient être atteintes de la grippe alors qu’elles ont plutôt un rhume. Comment différencier ces deux virus?

Le rhume et la grippe ne sont pas issus du même virus. Le rhume se caractérise principalement par un écoulement nasal et un mal de gorge, alors que la grippe est plus généralisée et ses symptômes sont plus sévères. Ainsi, le rhume n’est généralement associé ni à une fièvre, ni à des douleurs musculaires, ni à une toux importante. Il n’engendre pas de complications majeures. Un rhume a beau être bénin, les symptômes n’en sont pas moins désagréables et ils persistent souvent durant une semaine.

Votre équipe de recherche se dédie à l’infectiologie. Sur quoi portent essentiellement vos recherches?

Nos recherches se divisent en deux axes : les solutions thérapeutiques et les solutions préventives.

Dans le premier cas, nous tentons de comprendre les mécanismes de résistance des virus de la grippe contre le « Tamiflu ® ». Ceci est un antiviral, donc une sorte d’antibiotique pour les virus, administré pour prévenir et traiter les cas sévères d’influenza. Actuellement, certaines souches d’influenza sont devenues résistantes au Tamiflu ®, même chez des personnes qui n’ont jamais été traitées avec cet antiviral. Nous essayons présentement de comprendre si les virus résistants au Tamiflu ® se transmettent aussi bien et s’ils sont aussi virulents que les virus sensibles à l’antiviral.

En matière de prévention, notre équipe tente de trouver de nouvelles voies d’administration du vaccin contre la grippe. Celles-ci remplaceraient la méthode d’injection à l’intérieur du muscle. On envisage notamment l’administration du produit par la voie nasale au moyen de gouttes, par la voie gingivale, et par la voie sous-cutanée (sans injecter dans le muscle). Ces nouvelles voies d’administration renferment beaucoup de cellules immunitaires et seraient plus enclines à provoquer une forte production d’anticorps. Ces voies permettraient aussi de rejoindre la partie de la population qui craint la vaccination en raison des aiguilles.

De plus, notre équipe cherche à développer un vaccin qui, combiné à différents adjuvants, augmenterait la production d’anticorps dans l’organisme. Cela permettrait notamment d’avoir une meilleure réponse immunitaire, et donc, de réagir plus rapidement et plus efficacement dans le cas où il serait en contact avec le virus.   

Merci à vous Dr Boivin, et bonne continuité à votre équipe et à vous dans vos recherches.

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