21 MAI 2015

Les allergies alimentaires, un fléau?

Les allergies alimentaires sont plus nombreuses qu’il y a 20 ans. Comment expliquer cela? Quel espoir existe-t-il pour les personnes allergiques? On vous propose de faire le point avec Dr Rémi Gagnon, immuno-allergologue au CHU de Québec-Université Laval.


Le Dr Rémi Gagnon

Dr Gagnon, quel rôle jouez-vous concrètement auprès de vos patients?
Mon rôle principal est d’accompagner les patients, enfants et adultes, en posant un diagnostic adéquat. Je dresse le portrait complet du patient, incluant son historique familial, et je procède à un test cutané. Je dois m’assurer que le patient ou son parent a toute l’information nécessaire pour éviter les risques de réactions allergiques et que l’utilisation de l’adrénaline en cas de réaction (auto injecteur) est bien comprise. Également, je conseille les autres professionnels de la santé (pharmaciens, nutritionnistes, urgentologues, médecins de famille, etc.) pour améliorer la prise en charge des gens qui ont une allergie alimentaire et qui vivent une réaction allergique.

Pourquoi une personne développe-t-elle une allergie alimentaire?
L’allergie est une réponse du système immunitaire. Le système développe un anticorps et lorsqu’il est en contact avec l’allergène, celui-ci déclenche une réaction systémique. L’anticorps peut se développer à tout âge, mais cela se produit généralement pendant l’enfance.

Est-ce que c’est héréditaire?
Il y a certainement une incidence familiale. Un enfant a 30 % de risque de devenir allergique si l’un de ses parents est allergique, et si ses deux parents le sont, la probabilité augmente à 60%. Par contre, l’enfant n’est pas forcément plus à risque d’être allergique à la même chose que ses parents. Si papa est allergique aux arachides, l’enfant ne le sera pas nécessairement, mais il risque fort bien d’être allergique à un aliment ou à quelque chose d’autre au cours de sa vie.

Les allergies alimentaires semblent être un fléau, surtout chez les enfants, comment expliquer cette augmentation des cas?
Il y a une augmentation certaine du nombre de cas. Il est difficile d’en déterminer la cause exacte, c’est multifactoriel. Ce que l’on sait, c’est que la sévérité des allergies est plus importante et que le nombre de personnes présentant de multiples allergies augmente également. De plus, la persistance de l’allergie est plus longue qu’avant. Par exemple, chez les enfants, l’allergie au lait et aux œufs a tendance à se résorber en grandissant, généralement avant l’âge de 10 ans. Nous voyons maintenant plus de cas où l’allergie se résorbe beaucoup plus tard. La recherche permettra d’en savoir plus sur le sujet.

La désensibilisation, qui vise à faire disparaître les réactions allergiques, est-elle une solution pour contrer les allergies alimentaires?
Pour désensibiliser un patient, il faut essayer de ramener la tolérance à l’allergène à un niveau où l’on est capable de manger l’aliment sans avoir de réaction. Sous forme injectable ou sous forme de comprimé que l’on place sous la langue, certains médicaments permettent la désensibilisation. Ce processus est délicat, mais plusieurs études s’y intéressent. C’est certainement une bonne façon de contrer l’allergie.

Où en est la lutte aux allergies alimentaires au Québec?
De plus en plus d’énergie est déployée pour la recherche sur les allergies alimentaires. À Québec, nous participons à plusieurs protocoles de recherche, conjointement avec d’autres chercheurs québécois, afin de développer de nouvelles molécules qui traiteront les maladies allergiques. Il y a énormément de recherche sur la désensibilisation actuellement. Nous nous intéressons notamment aux timbres cutanés qui sont actuellement en développement pour désensibiliser les patients. Ce produit pourrait devenir un bel outil pour contrer les allergies. Prochainement, une étude débutera sur la désensibilisation au lait de vache chez l’enfant. L’automne prochain, nous travaillerons sur l’allergie aux arachides chez les enfants de 11 ans et moins.

Quel espoir existe-t-il pour les personnes allergiques?
La recherche sur la désensibilisation évolue bien. Nous espérons améliorer la tolérance à un point tel que le patient ne réagisse plus aux traces d’un aliment. Le danger sera alors beaucoup moins grand lorsque cette personne mangera au restaurant, par exemple. Nous veillons à mieux contrer les allergies et peut-être qu’un jour nous pourrons les guérir! Je suis très optimiste.

Merci de votre générosité Dr Gagnon.

Saviez-vous qu’aussi peu que 10 aliments sont responsables de 90 % des réactions allergiques graves? Au Canada, voici les 10 substances les plus allergènes : les arachides, le blé, le lait de vache, la moutarde, les noix, les œufs, le poisson et les crustacés (mollusques), le sésame, le soya et les sulfites.

En terminant, voici quelques liens intéressants au sujet des allergies alimentaires :

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