25 AVRIL 2017

Remporter la victoire sur la maladie vasculaire périphérique

La maladie vasculaire périphérique (blocage artériel) cause des ennuis et de la douleur à de nombreuses personnes. La stratégie pour la contrôler est comparable à une partie de cartes; le médecin est celui qui aide le patient à jouer ses meilleures cartes au bon moment pour gagner la partie sur la maladie. On en parle avec le Dr Pascal Rhéaume, chirurgien vasculaire à l’Hôpital Saint-François d’Assise.


Le Dr Pascal Rhéaume, chirurgien vasculaire à l’Hôpital Saint-François d’Assise

Dr Rhéaume, que sont les maladies vasculaires?
Il s’agit de deux grandes familles de maladies qui s’attaquent aux artères : la maladie anévrismale, qui consiste en une dilatation des artères, et la maladie vasculaire périphérique, qui est à l’opposé de l’anévrisme et qui se présente sous forme de rétrécissement ou de blocage des artères. Cette derrière est la plus fréquente et peut atteindre différentes régions du corps, soit les artères au niveau du cou (carotide), celle des membres supérieurs (bras), de l’abdomen et des membres inférieurs (jambes). Au Centre des maladies vasculaires du CHU de Québec-Université Laval, on traite davantage de cas de maladies vasculaires périphériques au niveau des membres inférieurs.

Quels sont les symptômes courants de la maladie vasculaire périphérique?
Tout dépend de la région du corps touchée par le blocage artériel. Par exemples :

  • Carotides (cou) : perte de vision d’un œil, étourdissements, AVC (mineur ou majeur)

  • Membres supérieurs : fatigabilité au niveau des bras

  • Abdomen : douleurs abdominales, crampes aux intestins après le repas

  • Membres inférieurs : crampes/douleurs musculaires aux jambes à l’effort et/ou au repos

    Si la douleur causée par la marche est soulagée par le repos, la maladie est au stade initial. Si par contre la douleur est présente même au repos, le blocage est alors plus important et la maladie est plus avancée. Un stade très avancé de la maladie présente aussi des plaies, des ulcères, voire même des pertes tissulaires sur les pieds, pouvant mener à la gangrène.

Est-ce qu’elle peut être asymptomatique?
Il y a une phase asymptomatique, soit lorsque la maladie s’installe. C’est une maladie chronique qui évolue sur des années.

Qui sont les personnes à risque de développer des problèmes vasculaires périphériques?
On comprend la maladie vasculaire sous forme de facteurs de risques.
Facteurs de risques non modifiables : l’âge, le sexe, la génétique

Facteurs de risques modifiables : la sédentarité, le manque d’exercice physique, l’obésité, le tabagisme, l’alimentation
Facteurs de risques contrôlables avec de la médication : hypertension, diabète, cholestérol

Est-ce que ce problème de santé touche davantage les hommes que les femmes? 
Il est démontré que les hommes sont davantage atteints, et ce, plus jeunes que chez la femme. En pré-ménopause, les hormones de la femme ont tendance à protéger ses vaisseaux sanguins jusqu’à ce que la ménopause soit terminée. Ce n’est pas le cas pour l’homme qui est, à cette période de la vie, plus à risque de développer une maladie vasculaire périphérique. Après la ménopause, nous voyons une augmentation en incidence de la maladie chez la femme.

Comment traitez-vous un patient qui présente un blocage artériel?
Il faut bien différencier un blocage aigue (soudain) et d’un blocage chronique. Dans la plupart des cas, la maladie est chronique puisque le blocage s’est installé au fil des ans. La pierre angulaire du traitement est médicale; il faut contrôler les facteurs de risques modifiables et prescrire une médication anti-plaquettaire comme l’aspirine, qui diminue les événements cardiovasculaires et protège même des événements cardiaques. On demande également au patient de faire davantage d’activités physiques (comme la marche) malgré la douleur. Au fil des séances d’exercice, les muscles deviendront plus résistants au manque d’oxygène dans le sang causé par le blocage artériel et la douleur diminuera graduellement. Le corps a d’ailleurs tendance à trouver des voies de contournements, appelées collatérales, pour pallier au blocage. Cela aide également le patient à avoir moins de douleur.

En appliquant ce traitement, arrivez-vous à contrôler la maladie?
Avec ce traitement, il y a un tiers des patients pour qui la situation va s’améliorer, un tiers qui resteront sensiblement similaires et malheureusement, un tiers qui vont se détériorer. Pour ces derniers, qui ont une limitation fonctionnelle importante ou qui sont dans des stades avancés de la maladie (douleur de repos, ulcère…) la chirurgie vasculaire devient une option à envisager.

Est-ce que cette maladie implique généralement une chirurgie?
C’est une minorité de patients qui vont se retrouver en chirurgie. À cette étape, on établit une stratégie chirurgicale en se basant sur les résultats de plusieurs examens diagnostics comme l’artériographie (comparable à une carte colorée à l’iode des artères), le scanner et autres. Ensuite, nous déterminons si nous utilisons les techniques endovasculaires (utilisation d’un ballon ou d’un tuteur pour ouvrir l’artère de l’intérieur) ou par des techniques chirurgicales telles qu’un pontage. La décision dépend du patient, de ses antécédents et de l’étendue de la maladie. L’approche est personnalisée.

Est-ce que ce problème est irréversible?
Une fois que la maladie est installée, on ne peut pas revenir en arrière. On peut la contrôler, la déjouer, la contourner à l’aide de pontages, d’où l’importance d’établir une stratégie à long terme avec le patient. Je compare souvent la stratégie à une partie de cartes. On choisit la carte que l’on va jouer. Est-ce que l’on joue tout de suite nos trois meilleures cartes pendant que le patient est jeune et puis, si la maladie progresse dans le temps, on n’a plus de bonnes cartes? Ou l’on joue une carte à la fois pour non seulement gagner cette « brassée » là, mais aussi la partie au complet? Donc, on prend le temps d’y voir avec chaque patient individuellement!

Quels sont vos recommandations pour prévenir la maladie vasculaire? 
Tout est dans la prévention! Au Centre des maladies vasculaires du CHU de Québec-Université Laval, nous croyons à une approche globale et multidisciplinaire de la maladie vasculaire. La première chose que l’on recommande est l’arrêt tabagique. D’ailleurs, nous accompagnons les patients dans ce processus. Nos infirmières de la clinique y sont impliquées. Ensuite, l’équipe de médecine vasculaire veille à ce que les facteurs de risques soient bien pris en charge. Une diététiste rencontre certains patients pour les aider à améliorer leur alimentation et favoriser les saines habitudes de vie. Et finalement, nos pharmaciens veillent à la bonne compliance aux médicaments de certains patients par l’éducation active. Nous avons des projets pour développer davantage cet accompagnement … À suivre!

Bref, je recommande fortement les stratégies suivantes :

  1. Éviter le tabac

  2. Avoir une alimentation équilibrée

  3. Pratiquer l’exercice physique (30 minutes par jour, 5 à 6 fois par semaine)

  4. Avoir un suivi annuel avec son médecin pour surveiller les maladies qui favorisent l’apparition de problèmes artériels (cholestérol, diabète, hypertension)

  5. Bien suivre le plan médical.

Et toutes ces recommandations sont excellentes pour prévenir de nombreuses autres maladies!

Merci de votre générosité Dr Rhéaume!

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